La presse et nous
Peu de mots, beaucoup se sens.
05.02.2010
Le secret qui musèle les quotidiens
C'est une petite brève, parue dans la lettre quotidienne d'information du magazine professionnel Stratégies qui résume assez bien la situation des quotidiens, et la censure syndicale qui leur pése dessus sans qu'on en parle jamais : « Le syndicat général du Livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT), a annoncé hier 4 février qu'il allait observer des arrêts de travail pouvant entraîner la non-parution des quotidiens aujourd'hui. Le syndicat dénonce le "silence assourdissant" des éditeurs sur la question du maintien de la charge de travail dans les imprimeries de presse, après le départ du quotidien gratuit du groupe Bolloré Direct Matin des imprimeries du Monde pour celles de Brodard Graphique. ». C'est tout juste si les quotidiens ont signalé cet affrontement entre une partie du syndicat du Livre et les éditeurs de journaux. C'est à peine aussi si ils ont signalé que le gratuit Direct matin n'a pas pu paraitre pendant 15 jours, à cause d'un bras de fer entre son proprio Vincent Bolloré et la CGT, qui a en outre détruit 150.000 exemplaires de ce journal.
Bien sur, se dit-on, il ne s'agit que de Direct matin, le plus inconsistant des quotidiens gratuits, une filiale de l'empire Bolloré, un ami de Sarkozy donc. Pourtant, il est complètement anormal que les quotidiens n'aient pas réagi plus fortement face à ce que subit l'un d'entre eux. C'est anormal, parce qu'ils ont peur d'en parler, peur de représailles : c'est de censure qu'il s'agit. La peur de mécontenter les syndicalistes, et de voir bloquer leur impression ou leur distribution, car c'est une des méthodes du Syndicat du Livre pour imposer ses décisions et museler les journalistes.
Il y a aussi une autre raison à ce silence incroyable - imaginez tout ce qu'écrivent les journaux dés qu'une radio cesse d'émettre quelques heures, ou dés que la rédaction d'une télévision menace d'une grève...- c'est que - au fond- toute la profession s'en lave les mains. Reprenons les faits : le Livre CGT a empêché la parution de Direct matin, non pas parce que ce journal publie de la mauvaise info biaisée, mais parce que ce dernier a quitté l'imprimerie du Monde pour passer sur une imprimerie moins chère, et de meilleure qualité. Les quotidiens français sont tous en train de crever parce qu'ils coûtent deux à 3 fois plus cher à fabriquer que leurs homologues étrangers. Explication: les salaires pratiqués dans les imprimeries sont délirants. Quand l'un d'entre eux tente de sortir du système, les autres quotidiens ne font rien pour l'aider, et tenter de trouver une issue pour eux aussi. Au contraire, ils éteignent la lumière, pour cacher le tabassage en règle.
Et en fait, le vrai secret, c'est que toute la profession s'en fout, parce qu'elle sait que c'est le contribuable qui finira par payer l'ardoise. Les salaires des ouvriers du Livre sont pris en charge par les aides d'Etat. Et tout le monde sait que l'Etat préfère payer la note plutôt que de se retrouver avec des journaux qui ne paraissent pas. Les éditeurs le savent, les syndicalistes le savent, les journalistes le savent. Le système se meurt peu à peu, mais il reçoit assez de subventions pour que la mort se passe gaiement et sous anesthésie. Comme me le dit le patron d'un quotidien « Sarkozy préfère payer, parce qu'ainsi tous les quotidiens, sans exclusive, dépendent de l'Elysée. Et les éditeurs s'y sont habitués ». Oui, grâce à des syndicalistes défendant leurs privilèges, grâce aux éditeurs qui n'ont jamais réagi, toutes la presse quotidienne est sous la tutelle de l'Elysée.
Qu'un syndicat puisse décider de lui-même quels journaux peuvent être imprimés, sans que l'Etat ne fasse respecter la liberté d'informer, que les quotidiens n'en parlent pas plus...cela reste pour moi une source constante d'étonnement.
18:13 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : direct matin, bolloré, livre, cgt, imprimerie, monde, sglce-cgt, labeur, quotidiens, aides
source : le blog des (multi) médias du nouvel observateur. Auteur : Claude Soula
http://claude-soula.blogs.nouvelobs.com
Envoyé par Pierre Baudry le 10 février 2010
Le secret qui musèle les quotidiens
C'est une petite brève, parue dans la lettre quotidienne d'information du magazine professionnel Stratégies qui résume assez bien la situation des quotidiens, et la censure syndicale qui leur pése dessus sans qu'on en parle jamais : « Le syndicat général du Livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT), a annoncé hier 4 février qu'il allait observer des arrêts de travail pouvant entraîner la non-parution des quotidiens aujourd'hui. Le syndicat dénonce le "silence assourdissant" des éditeurs sur la question du maintien de la charge de travail dans les imprimeries de presse, après le départ du quotidien gratuit du groupe Bolloré Direct Matin des imprimeries du Monde pour celles de Brodard Graphique. ». C'est tout juste si les quotidiens ont signalé cet affrontement entre une partie du syndicat du Livre et les éditeurs de journaux. C'est à peine aussi si ils ont signalé que le gratuit Direct matin n'a pas pu paraitre pendant 15 jours, à cause d'un bras de fer entre son proprio Vincent Bolloré et la CGT, qui a en outre détruit 150.000 exemplaires de ce journal.
Bien sur, se dit-on, il ne s'agit que de Direct matin, le plus inconsistant des quotidiens gratuits, une filiale de l'empire Bolloré, un ami de Sarkozy donc. Pourtant, il est complètement anormal que les quotidiens n'aient pas réagi plus fortement face à ce que subit l'un d'entre eux. C'est anormal, parce qu'ils ont peur d'en parler, peur de représailles : c'est de censure qu'il s'agit. La peur de mécontenter les syndicalistes, et de voir bloquer leur impression ou leur distribution, car c'est une des méthodes du Syndicat du Livre pour imposer ses décisions et museler les journalistes.
Il y a aussi une autre raison à ce silence incroyable - imaginez tout ce qu'écrivent les journaux dés qu'une radio cesse d'émettre quelques heures, ou dés que la rédaction d'une télévision menace d'une grève...- c'est que - au fond- toute la profession s'en lave les mains. Reprenons les faits : le Livre CGT a empêché la parution de Direct matin, non pas parce que ce journal publie de la mauvaise info biaisée, mais parce que ce dernier a quitté l'imprimerie du Monde pour passer sur une imprimerie moins chère, et de meilleure qualité. Les quotidiens français sont tous en train de crever parce qu'ils coûtent deux à 3 fois plus cher à fabriquer que leurs homologues étrangers. Explication: les salaires pratiqués dans les imprimeries sont délirants. Quand l'un d'entre eux tente de sortir du système, les autres quotidiens ne font rien pour l'aider, et tenter de trouver une issue pour eux aussi. Au contraire, ils éteignent la lumière, pour cacher le tabassage en règle.
Et en fait, le vrai secret, c'est que toute la profession s'en fout, parce qu'elle sait que c'est le contribuable qui finira par payer l'ardoise. Les salaires des ouvriers du Livre sont pris en charge par les aides d'Etat. Et tout le monde sait que l'Etat préfère payer la note plutôt que de se retrouver avec des journaux qui ne paraissent pas. Les éditeurs le savent, les syndicalistes le savent, les journalistes le savent. Le système se meurt peu à peu, mais il reçoit assez de subventions pour que la mort se passe gaiement et sous anesthésie. Comme me le dit le patron d'un quotidien « Sarkozy préfère payer, parce qu'ainsi tous les quotidiens, sans exclusive, dépendent de l'Elysée. Et les éditeurs s'y sont habitués ». Oui, grâce à des syndicalistes défendant leurs privilèges, grâce aux éditeurs qui n'ont jamais réagi, toutes la presse quotidienne est sous la tutelle de l'Elysée.
Qu'un syndicat puisse décider de lui-même quels journaux peuvent être imprimés, sans que l'Etat ne fasse respecter la liberté d'informer, que les quotidiens n'en parlent pas plus...cela reste pour moi une source constante d'étonnement.
18:13 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : direct matin, bolloré, livre, cgt, imprimerie, monde, sglce-cgt, labeur, quotidiens, aides
source : le blog des (multi) médias du nouvel observateur. Auteur : Claude Soula
http://claude-soula.blogs.nouvelobs.com
Envoyé par Pierre Baudry le 10 février 2010
La presse et nous
Press-Océan est un vrai journal de proximité qui donne des informations que l'on ne trouvent pas ailleurs. Deux exemples récents.
Samedi 30 janvier " Une réception très Frêche" titre en première page et relatant la petite phrase prononcée devant des journalistes, par Patrick Maréchal, président PS du conseil général de Loire Atlantique, à propos de sa rencontre avec Frédéric Mitterrand, lors de la Folle journée de Nantes, vendredi 29 janvier " On n'est pas de la même famille et on a pas les mêmes moeurs" Vu l'écho suscité, l'intéressé a précisé ( P-O. du 1er février ) qu'il parlait " des moeurs politiques de l'actuel gouvernement" Evidemment beaucoup de lecteurs avaient mal compris, s'agissant de moeurs...
Pas un mot de tout cela - j'allais dire évidemment - dans Ouest-France !
2ème exemple : Mardi 2 février ce titre de 1ère page "Verbalisé pour un fruit jeté au sol à Nantes" "Le vieil homme avait laissé tomber la peau d'un litchi sur le trottoir du marché de Talensac. Trois policiers municipaux lui ont dressé une contravention" Suit en page 2 un petit bijou d'article de Dominique Bloyet, bien illustré par Frap, où l'on trouve quelques formules ou allitération réjouissantes " il laisse choir négligemment sur la bordure du trottoir la coque rougeâtre et verruqueuse de la sapindacée." " Ce dangereux citoyen.. coupable ...d'avoir lâchement laché aux loches la lichette de litchi lèché." le tout sur le même ton, et se terminant comme il se doit par une morale. Bravo !
Pas un mot de tout cela - j'allais dire évidemment - dans Ouest-France !
2ème exemple : Mardi 2 février ce titre de 1ère page "Verbalisé pour un fruit jeté au sol à Nantes" "Le vieil homme avait laissé tomber la peau d'un litchi sur le trottoir du marché de Talensac. Trois policiers municipaux lui ont dressé une contravention" Suit en page 2 un petit bijou d'article de Dominique Bloyet, bien illustré par Frap, où l'on trouve quelques formules ou allitération réjouissantes " il laisse choir négligemment sur la bordure du trottoir la coque rougeâtre et verruqueuse de la sapindacée." " Ce dangereux citoyen.. coupable ...d'avoir lâchement laché aux loches la lichette de litchi lèché." le tout sur le même ton, et se terminant comme il se doit par une morale. Bravo !
La boîte à idées
Pour tous ceux qui ne sont pas de la génération Internet, mais qui veulent s'y retrouver dans le vocabulaire de la révolution numérique, un excellent mini-livre de poche " la revolution numérique - glossaire" par Eric Scherer ( directeur à l'AFP) et publié aux éditions Dalloz, au prix très démocratique de 3€.
Prochain invité
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