La boîte à idées
"Ce n'est pas la peine pour un journaliste d'avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième." Françoise GIROUD
Les interviews de l'Observatoire
Le jeudi 23 avril 2009, le journaliste de Télévision Bruno Masure était de passage à Nantes à l'invitation de l'Observatoire des médias. Au regard de son expérience, il nous fait part de sa vision des relations entre "médias et pouvoirs" et de leurs pratiques parfois incestueuses.
La presse et nous
On est étonné par le climat de peur dans les médias français »
Par Augustin Scalbert | Rue89 | 29/03/2009 | 15H38
La productrice Anne-Frédérique Widmann est un peu éberluée quand elle évoque les relations des journalistes français avec l'Elysée, sujet qu'elle connaît bien pour avoir réalisé une enquête sur la libération des infirmières bulgares aux conclusions très éloignées du bruit médiatique français.
Comme Rue89, la Télévision suisse TSR (« Romande » vient de disparaître de son nom officiel) est partenaire du Figra, et y fêtait cette année les quarante ans de sa célèbre émission d'investigation « Temps présent ».
Elle s'est fait connaître en Suisse par ses enquêtes sur des pollutions industrielles, les fonds juifs en déshérence dans des banques locales, l'infiltration d'Attac par une entreprise de sécurité payée par Nestlé…
Le directeur des programmes de la chaîne, Gilles Pache, était également présent. Le ton des deux journalistes est presque consterné quand ils évoquent les relations de leurs confrères français avec les dirigeants de notre grande démocratie.
Anne-Frédérique Widmann, qui prépare même une enquête sur ce sujet de curiosité, a constaté de la « peur » chez certains journalistes français qu'elle souhaitait interroger.
« La Suisse n'est pas un pays de personnalisation du pouvoir »
On peut comprendre leur consternation quand on voit dans quelle indépendance ils travaillent chez eux. Gilles Pache l'affirme :« En Suisse romande, radio et télévision publiques bénéficient d'une très grande indépendance du pouvoir politique.Au tour du journaliste français d'être éberlué. Une question me taraude : mais pourquoi ? Elément de réponse de Gilles Pache : « La Suisse n'est pas un pays de personnalisation du pouvoir. » (Voir la vidéo).
Il y a des pressions, et c'est normal : on ne fait pas de journalisme sans qu'il y ait des pressions. Mais il n'y a pas de levier direct qui permettrait d'exiger la tête d'un directeur, ni de la radio, ni de la télé. »
Fin 2007, Anne-Frédérique Widmann a signé avec Marie-Laure Widmer Baggiolini une enquête titrée « Infirmières bulgares : le grand marchandage ».
« La France et la Libye nous ont traitées de la même manière »
Conclusion du travail des deux Suissesses : contrairement à ce qu'ont affirmé la plupart des médias français, Nicolas et Cécilia Sarkozy ne sont pas les principaux acteurs de la libération des infirmières. Il s'agit en fait de diplomates, notamment ceux de la Commission européenne.Pour elle, globalement, les médias français n'ont pas fait leur travail :
« Les médias français sont excellents, mais une partie des journalistes se contentaient peut-être trop de sources proches de l'Elysée ou du Quai d'Orsay. »Les journalistes de la TSR ont évidemment cherché à contacter les autorités françaises pour leur enquête. Mais à leur grand étonnement, elles n'ont même pas reçu de réponse de l'Elysée :
« Ça nous a d'autant plus étonnées qu'on était aussi en relation avec la Libye, qui n'est pas un régime connu pour sa transparence et son ouverture à l'égard des médias, et finalement, c'était le même comportement. »Les deux Suissesses se sont fait cette réflexion : « Nous nous sommes dit que c'était sans doute difficile de travailler pour les journalistes, aujourd'hui en France. » (Voir la vidéo).
Photo : Anne-Frédérique Widmann et Gilles Pache, de la Télévision suisse (TSR)
La prochaine conférence de l’Observatoire universitaire des médias aura lieu Le jeudi 23 avril 2009 de 14h30 à 16h00 au Centre de Communication de l’Ouest (CCO) Tour de Bretagne, Nantes.
Un homme sans mesure ?
Bruno Masure est né en 1947 à Roubaix. Ville du Nord dont deux versions étymologiques du nom s’opposent, version latine Robacum, version germanique Rosbach. Clin d’œil de la part de la nature déjà dès sa naissance ? Authentique Geneviève de Fontenay en caleçon ? En tout cas Bruno Masure est ce que l’on appelle un bon client. Ce célèbre journaliste ex- présentateur des JT de TF1, France2 et M6 et auteur satirique dont la plume en a fait pâlir plus d’un, vient juste de publier son dernier brûlot nommé : « Journalistes à la niche ? De Pompidou à Sarkozy, chronique des liaisons dangereuses entre médias et politiques. Aux éditions Hugo et Compagnie.
Jeune, il se passionne pour l’école en particulier, et le Savoir en majuscule spécialement. Déjà en 1961 il pose ses premières questions, notamment dans le journal de Spirou dans la rubrique : « Questionnez, le fureteur vous répondra ». Il envoie à l’occasion sa photo (sic !) qui est publiée avec sa question.
Il décroche, plus tard, une licence d’Histoire, de sciences économique et un DESS de sciences politiques. Il est aussi diplômé de l’Institut d’Urbanisme de la ville de Paris.
Sa carrière professionnelle débute dans la décennie des Années Soixante-dix. Il commence par être chargé de Travaux Pratiques en économie à la Faculté de Droit à Lille, ville dans laquelle il réside peu après sa naissance. Puis, il devient journaliste politique : Stage au service du journal Le Monde d’abord, puis à RMC de 1973 à 1975, année où il passe à TF1.
Étape importante de sa carrière : en 1981 il est journaliste officiel qui « couvre » la campagne électorale de François Mitterrand. Fort de son expérience, il évolue grand reporter pour la première chaîne et présente même le JT de 20 heures entre 1984 et 1990. Puis il sera présentateur durant sept ans du journal télévisé de 20 heures sur Antenne2 muté par la suite en France2 de 1990 à 1997, année où il devient chroniqueur de Michel Drucker pour Vivement Dimanche. Puis il regagne ses premiers amours, la radio sur France Inter pour Rien à voir, animée par Laurence Boccolini. Depuis 2005 il est chroniqueur et journaliste pour l’émission Le fou du roi sur France Inter. De plus, il présente sur la Chaîne Parlementaire une transmission intitulée Impertinences.
Il est également avec succès un auteur polémique et controversé. Son livre, Loft présidentiel sorti en 2002 avait fait grand bruit. Ouvrage satirique, Bruno Masure dénonçait la crise politico-médiatique qui avait marquée l’année. Tous les membres de la « caste politique » sont réunis, et chaque soir les électeurs, téléspectateurs vont éliminer un candidat via le téléphone.
Homme libre et loin du stéréotype du journaliste embrigadé par la chaîne, la radio ou le journal pour lesquels il travaille, Bruno Masure n’hésite pas à dire tout haut ce qu’il pense. C’est la raison pour laquelle son travail et ses œuvres prolifiques rencontrent tellement de succès.
Toujours fidèle à lui-même, Bruno Masure choisit en 2006 une voie détournée pour régler ses comptes avec ses ex-copains du PAF. En 2006 il publie chez Chiflet et Cie : Enquête sur mon assassinat. Un roman policier où il imagine son propre meurtre. Métaphore géniale de sa mort médiatique où y passe parmi les suspects potentiels presque tout le petit monde de la télévision. Qu’on se rassure, Bruno Masure se porte très bien à présent comme dans les années 80 où il faisait ses inoubliables joutes verbales par journaux interposés avec Joseph Poli.
Ses traits d’esprit et son humour acerbe sont désormais légion avec lesquels il s’amuse à nous amuser avec une impertinence de fou, en souliers ou en charentaises. Nous espérons encore pour très longtemps.
Côte vie privée ? Les rumeurs ont longtemps couru… jusqu’au jour où il s’est confié à Mireille Dumas, révélant qu’il… Bruno Masure est par ailleurs marié.[TN]
Ouvrages
- La télé rend fou... mais j'me soigne !, éd. Plon, 1987
- À pleins tubes, éd. Orban, 1989
- Le dictionnaire analphabétique, éd. Orban, 1990
- Leurre de vérité , éd. Plon , 1993
- Débloc notes, éd. Plon, 1998
- Chérie, pense à changer de millénaire , éd. Plon , 2000
- Loft présidentiel, éd. Plon, 2002
- Un dernier vers pour la route , éd. Plon , 2002
- Comment se fait-ce ?, éd. Presses de la Cité, 2004
- Enquête sur mon assassinat, éd. Chiflet et Cie, 2006
- Les chats, éd. Hugo Image, 2007
- Journalistes à la niche ? : De Pompidou à Sarkozy , chronique des liaisons dangereuses entre médias et politiques, éd. Hugo et Compagnie, 2009
Ses journaux inoubliables
- Le 17 janvier 1987, il reçoit Isabelle Adjani, dans son journal sur TF1. Celle-ci répond d'un ton sec aux rumeurs sur une contamination de l'actrice par le Sida. Elle dément et, à la fin du JT, elle embrasse devant la caméra Bruno Masure. Il conclut l'interview par cette célèbre réplique :
« Merci Isabelle [s'adressant à l'actrice], permettez-moi de vous appeler Isabelle la cathodique parce que vous passez très, très bien aux tubes ! »
- En 1993, il reçoit Nagui et Michel Serrault, sur France2. Ces derniers se déshabillent en direct sur le plateau du journal, ce qui surprendra le présentateur autant que le téléspectateur...
|
La boîte à idées
-
Conférence de l'Observatoire universitaire des médias : 9/4/2010
Roger Chinaud, homme politique La prochain...30/03/2010
