L’odeur de la politique
« … et avec qui j’ai tenté de partager mon amour de la vie ». C’est ainsi que Roger Chinaud termine sa dédicace dans son dernier ouvrage : « De Giscard à Sarkozy ».
De façon très élégante et éloquente en même temps, Roger Chinaud, nous raconte avec légèreté ses (més-)aventures giscardiennes, restant en même temps un analyste lucide de son temps. Les yeux fixés vers le public dans la salle, toujours un sourire sur ses lèvres, ses deux mains fermes saisissent le micro comme un havre de paix. Evitant ainsi de les porter, comme dans un jeu de pantomime, une fois au nez, une fois aux yeux ou encore à la bouche. Tout de suite mis très à l’aise par Jean Amyot D’Inville et Claude Salmon, Roger Chinaud, répond aux questions concernant sa carrière de « ministre » : Après des études de droit, il milita dans le fédéralisme européen (Nord et Paris). Il entra au Conseil des Communes d’Europe en 1958 (sic!), délégué général du Mouvement national des élus locaux en 1961, et bien d’autres missions jusqu’en 1966. Attiré par la politique et déjà giscardien, il entra au secrétariat général de la Fédération nationale des Républicains Indépendants. Secrétaire politique en 1968. Membre de la section des finances du Conseil économique et social en 1970. Élu en 1973 aux élections législatives dans le 18e arrondissement de Paris. Président du groupe des Républicains Indépendants de l’Assemblée nationale en 1975. Dès lors et pendant une vingtaine d’années, Roger Chinaud sera le dirigeant parisien le plus en vue de cette formation.
Légions sont ses anecdotes concernant des réponses qui se retrouvent veuves des ses questions. Les inévitables « rumeurs » avec leur mécanique si mesquine, propres au monde de la politique prospèrent et se développent apparemment sans avoir une véritable source ou racine. Un «perpetum mobile» qui ne sert à rien d’autre qu’à démolir quelqu’un : Chirac le Brutus de V.G.D. en 1981? Mitterrand : les médias donnent plutôt des émotions que des informations ! Sarkozy, s’il se présente aux élections en 2012, aura-t-il des problèmes à cause de la « non vérité » dit dans la presse ? Ségolène : représente-t-elle le vide de la Gauche ? Comme « on dit » ? La libre expression, affirme-t-il, est important. La libre expression entre deux ou plusieurs camps politiques est vitale. Ou encore : «Il faut avoir du courage pour éviter l’inévitable phénomène d’isolation en politique», «Avec partage et solidarité atteindre la grande vision des choses», «Savoir dans quel sens diriger la politique et donner la lumière de temps», «C’est le rapport entre les hommes qui donne la chair».
Roger Chinaud, le conseiller le plus important de Valéry Giscard D’Estaing, fin connaisseur de la politique française, chasseur de têtes dans la politique, a constaté que désormais l’information est devenue une marchandise ordinaire. Périssables comme d’autres produits. Pire. En mentionnant quelques chaines télévisées ou des émetteurs radio ou encore citant la presse écrite, il affirme qu’on ne retrouve plus de «vérité» dans le journalisme. Il n’y a plus de véritable grande «plume» dans le monde du journalisme. Et pourtant, il évoque un temps où la presse propageait la «vérité», où l’Agence France Presse (AFP) était l’Evangile et Le Monde la Bible. Où le Journalisme en majuscule était synonyme de «vérité».
Roger Chinaud montre du doigt, comme peu d’autres, un malaise français d’aujourd’hui : la distorsion entre la politique actuelle et les grandes entreprises et leur impact sur l’opinion publique. Presque chaque groupe français détient aujourd’hui un ou plusieurs médias d’information. Leur vademécum : les français aiment la rumeur et la politique ? Et voilà les rumeurs-commentaires, en passent par des lamentables caricatures. Faut-il interdire : oui, peut-être. En tout cas il faut réserver le temps de parler des choses sérieuses à la télé ou à la radio. Il faut, dit-il, donner directement la parole à la télévion aux politiques, c’est-à-dire : responsabiliser l’information. Revenir à l’information brute, pour éviter toute dénaturation. La «vérité» est une chose dont il faut se battre toute la vie. Roger.